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samedi 28 janvier 2012

Tradition chez Bouyer

Paraphrases de Bouyer dans L'Eucharistie (Cerf, 2009) :

  • La tradition complètes l'Ecriture, elle n'en est pas une dégradation et une corruption (p. 23)
  • L'Esprit passe par le coeur des hommes pour produire la lettre et laisse ainsi un témoignage vivant de son passage (p. 25)

Dogme, encore et toujours

Dans Wikipedia, on trouve cette définition du mot dogme :
Un dogme (Du grec δόγμα dogma : « opinion » et δοκέω dokéô : « paraître, penser, croire ») est une affirmation considérée comme fondamentale, incontestable et intangible par une autorité politique, philosophique ou religieuse qui emploiera dans certains cas la force pour l'imposer.
On voit d'emblée le caractère péjoratif et caricatural qui accompagne la définition du mot dogme puisqu'on y accole "l'emploi de la force" alors que l'étymologie du mot ne s'y réfère guère !

Les auteurs de la définition confirme cela d'ailleurs en écrivant un peu plus bas :
Cet usage est en général péjoratif et sous-entend que les gens soutenant une telle croyance le font par conformisme et sans critique. [...] Le concept de « dogme » est souvent utilisé avec une intention critique ou polémique pour qualifier des affirmations présentées comme incontestables mais qui ne sont pourtant fondées ni par une croyance religieuse ni par une démonstration rationnelle. 
Puis on nous explique :
[...] un dogme n'est pas assimilable à un axiome. Comme le « dogme », l'« axiome » est une vérité admise bien qu'elle ne soit pas rationnellement démontrable. Cependant, l'établissement d'un axiome résulte d'un choix délibéré et sa validité n'est réputée indiscutable que dans le cadre d'une théorie tandis que le dogme est considéré comme une vérité absolue s'imposant a priori.
Or on peut très bien voir de nos jours des tenants d'un dogme qui admette bien que :
un dogme résulte d'un choix délibéré et sa validité n'est réputée indiscutable que dans le cadre d'une théorie.
Dans "ma" théorie religieuse, tout s'appuie sur le fait que :

  • Dieu crée l'homme
  • L'homme contredit Dieu
  • L'homme sort du sillage de Dieu (immortalité, etc.)
  • L'homme est soumis à la mort
  • Dieu, par pur amour, devient homme tout en restant Dieu
  • Ce Dieu-homme vainc la mort qui est l'essence même de l'état actuel de l'homme
  • Grâce à cette victoire, Il ouvre la voie à chaque homme pour vaincre son état actuel
  • Chacun est donc désormais libre de rechercher (ou non) cette même victoire
Voilà une série de dogmes qui ne sont vrais que dans la théorie ainsi exposée. Je peux considérer que cette théorie explique la totalité de l'univers sans pour autant chercher à l'imposer à la totalité de l'humanité. Je suis alors en présence de dogmes (ou axiomes si on veut faire "soft") sans que cela aboutisse nécessairement à "l'emploi de la force" que la définition péjorative citée supra mettait en avant d'emblée !

J'irais même plus loin, la liberté de l'homme de suivre (ou non) le chemin proposé est un dogme sans lequel la théorie ainsi exposée ne tiendrait plus... Ainsi, je peux bien avoir des dogmes / axiomes qui m'aide à établir une théorie à laquelle j'adhère et qui cesserait d'être vraie si je devais l'imposer à l'autre !

Ce n'est pas parce que l'homme fait mauvais usage d'une chose que la chose est essentiellement néfaste. Ce n'est pas parce que l'homme a usé (et use encore) des religions (dogmes) pour nier l'autre que la religion (le dogme) est essentiellement néfaste. Si ma main appuie sur la gâchette, ce n'est pas mon doigt qui est coupable, c'est mon esprit qui a donné l'ordre d'appuyer :-)

vendredi 27 janvier 2012

Le père Louis Bouyer

Je citais dans deux billets (1, 2) datés de ce jour le père Louis Bouyer. Voici la brève note biographique qu'on trouve en quatrième de couverture de ses ouvrages :


Louis Bouyer (1913-2004), prêtre de l'Oratoire, a été professeur à l'Institut catholique de Paris, puis en Grande-Bretagne, en Espagne et aux Etats-Unis. Deux fois nommé par le pape à la Commission internationale de théologie, il a participé à la préparation du concile Vatican II, à la mise en oeuvre de a réforme liturgique et de son ouverture oecuménique. Le cardinal Lustiger a pu dire de lui : "il était le moins conformiste des théologiens, et parmi les plus traditionnels." Il compte parmi les grands théologiens français du XXe siècle.

On trouve aussi ces quelques phrases signées d'Elisabeth Behr-Sigel dans sa biographie du père Lev Gillet intitulée Un moins de l'Eglise d'Orient  (Cerf, 1993, pp. 218-219):


Un autre visiteur de la paroisse française en ces années trente, est le futur oratorien et théologien catholique aujourd'hui très connu Louis Bouyer - à l'époque encore étudiant en théologie protestante. Attiré par l'orthodoxie, le jeune Bouyer finira par s'unir à l'Rglise catholique romaine. Il y jouera le rôle utile et important que l'on sait pour le dialogue oeucuménique catholique-orthodoxe.

La chute et le corps d'après le Père Bouyer

Dans son ouvrage intitulé Le sens de la vie sacerdotale (Cerf, 2009), le Père Bouyer aborde la place du corps dans l'état d'homme déchu (p. 124) :


En réalité, ce n'est pas la chute de l'homme mais bien la volonté de son créateur qui a fait de lui un esprit dans un corps, ou plutôt un esprit dont la nature même implique son union intime avec un corps. Ce même Dieu est d'ailleurs le créateur du monde physique aussi bien que spirituel. Ou, mieux, il a créé les deux, la matière et l'esprit, pour que l'une exprime l'autre, pour que le second régisse la première. S'il est tellement important d'être mis en garde contre les pièges du monde et de la chair, ce n'est pas parce que notre esprit devrait fuir la création, à commencer par son propre corps. C'est au contraire parce qu'il ne le peut, quand même il le voudrait, et qu'il doit donc lutter contre cette perversion du corps que saint Paul appelle la chair, cette perversion de la création physique que le monde actuel représente, d'après saint Jean. Il fera l'uni et l'autre non en vivant en dehors de son corps et de l'univers, ce qui n'a pas de sens, mais en se libérant des chaînes que l'esprit lui-même s'est forgées par le mauvais usage qu'il a fait de ceux-ci. Et cette libération, c'est un bon usage, seul, qui peut l'obtenir. La sobriété, voire même la mortification, y sont nécessaires ; mais l'une et l'autre seraient vaines, voire impossibles, si elles n'étaient éclairées par une juste vision de ce que le corps et toute la création physique devraient être pour l'esprit : c'est-à-dire à la fois l'instrument de sa connaissance du Dieu qui a fait tout cela, et l'instrument de sa louange du Créateur.


Cette profonde méditation sur la relation entre l'esprit et le corps permettra au maître du Régime rectifié de comprendre plus à fond le message qui lui est délivré lors de sa réception. Son intelligence ainsi éclairée lui permettra alors d'aller au-delà du simple rejet de la matière qui peut le tenter par facilité.

Elle le préparera également à bien comprendre les premiers pas qu'il fera en loge écossaise.

Le sens de la vie sacerdotale

9782204082129

J'ai lu (un peu rapidement, je l'avoue) le livre du Père Bouyer (opération spéciale "Bouyer" à La Procure) intitulé Le sens de la vie sacerdotal (Cerf, 2009, première). Il s'agit d'un livre, publié initialement en 1960, faisant partie d'un triptyque sur la spiritualité des laïcs, celle des moines et celle des prêtres séculiers.

Je dois dire que j'ai été un peu déçu car l'approche est, à mon sens, trop conjoncturelle et pas assez structurelle. En effet, l'auteur décrit et critique la situation et l'attitude des prêtres au moment où il écrit. Je m'attendais à un ouvrage appuyant plus la théologie du sacerdoce en tant que tel.

Je vais donc me rabattre sur le deuxième ouvrage que j'ai acquis à La Procure plus tôt dans la semaine : L'Eucharistie (Cerf, 2009).

lundi 23 janvier 2012

Le Culte

Dans une instruction du Régime rectifié, qui n'est pas secrète sans pour autant être publique, on peut lire ceci :
Ce n'est pas à changer le culte que nous sommes appelés, c'est à enseigner aux hommes de quelle importance il est pour eux de le rendre.
Nos Frères ayant accès à ladite instruction devraient, en théorie, savoir ce qui leur reste à faire...

vendredi 13 janvier 2012

L'air en tant que centre du triangle élémentaire

Il y a plus de trois ans, j'ai publié un billet traitant des éléments dans le rite écossais rectifié (terre, feu, eau). En complément de cette courte étude, je propose ici une explication willermozienne à une question régulièrement posée : pourquoi l'air ne fait-il pas partie des éléments comme cela est le cas dans la plupart des autres traditions (notamment dans certains rites maçonniques) ?

La réponse nous est donnée par Willermoz lui-même qui, dans son Cahier D9, écrit :

Quelques-uns s'étonnent que nous ne parlions jamais que de trois éléments au lieu de quatre qui sont vulgairement adoptés, en comptant dans ce nombre l'air commun, presque toujours surchargé des exhalaisons les plus grossières des trois autres éléments. Nous n'en comptons en effet que trois ; l'air, principe si subtil, n'en est point un, il est beaucoup trop supérieur aux trois autres pour pouvoir être assimilé ni confondu avec eux. Il est le char de la vie élémentaire, qui nourrit, entretient et vivifie les éléments ; il est le point central du triangle élémentaire dont il unit intimement les angles pour sa conservation temporelle. Que l'on réfléchisse donc mûrement sur ce que nous venons de dire sur l'air principe, et l'étonnement que nous avons signalé cessera bientôt.

Il faut resituer ce texte dans le cadre de la théorie de la matière chez Martines que Willermoz a repris quasiment à l'identique (ce qui n'est pas le cas d'autres théories martiénsiennes) :

  • les éléments (terre, feu et eau) sont les constituants de la matière
  • mais cette matière seule est inerte
  • la vie anime cette matière grâce à l'air qui "char de la vie élémentaire", il permet la "conservation temporelle" de la matière
Il sera également intéressant de rapprocher l'air ainsi présenté du souffle (inspire et expire) qui est nécessaire au maintien de la vie dans notre corps de matière...