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mardi 12 mai 2009

Les origines de la Franc-maçonnerie par Roger Dachez

Roger Dachez est l'un des historiens de la Franc-maçonnerie les plus réputés dans le monde francophone (voir à ce sujet mon billet sur Quelques précieuses plumes). Il a récemment publié un livre que chacun doit avoir lu avant de s'exprimer sur l'histoire de la Franc-maçonnerie : L'invention de la Franc-maçonnerie (Vega, 2008) qui est une réédition augmentée d'un précédent ouvrage (Des maçons opératifs aux francs-maçons spéculatifs, Edimaf, 2001)qui lui même était une édition augmentée d'un article paru dans l'incontournable revue Renaissance Traditionnelle (N°118/119 – avril-juillet 1999).

Le site de R.T. propose cet article en téléchargement légal et gratuit. Dachez y présente les principales théories sur les origines de la Franc-maçonnerie spéculative telles qu'elles étaient mise en avant par les chercheurs en histoire maçonnique au moment de l'écriture du dit article (1999).

On y prendra connaissance de la classique théorie de la transition (Gould, Carr et nombreux auteurs maçonniques après eux) mais aussi sa critique radical par Eric Ward dans les années 70 qui ouvrira la porte à de nouvelles pistes de recherches souvent à mi-chemin entre les deux positions extrêmes défendues par Carr et Ward. Il s'ait de ce que Dachez appelle l'hypothèse de l'emprunt et qu'il résume ainsi :
[...] la Maçonnerie spéculative,contrairement à ce qu’affirme la théorie de la transition,aurait à l’origine délibérément emprunté des textes et des pratiques appartenant ou ayant appartenu aux opératifs,mais de façon tout à fait indépendante, sans filiation directe ni autorisation. La Maçonnerie spéculative n’aurait plus dès lors entretenu,depuis sa fondation même,que des liens purement nominaux et tout au plus allégoriques avec les bâtisseurs des cathédrales.
Restait alors à identifier les motivations de cet emprunt :
On a pu ainsi proposer une théorie politique7, liée aux événements de la guerre de1640 à1660 en Angleterre, et une théorie religieuse, on a aussi exploré le rôle de la sociabilité charitable et des premières sociétés d’entraide nées au XVIIesiècle dans les milieux artisans, ou encore, le rôle joué par la dissolution des communautés monastiques après la réforme anglaise de 1534. Il est clair qu’aucune de ces théories n’emporte la conviction [...].
C'est là qu'intervient la contribution majeure de Daid Stevenson (Versions originales : The Origins of Freemasonry - Scotland’s century. 1590-1710, Cambridge, 1988 et The first Freemasons - Scotland’s early lodges and their members, Aberdeen,1988. Versions françaises chez Teletes). Il y décrit la maçonnerie opérative écossaise que William Schaw (sorte de haut-fonctionnaire écossais) organisa. C'est cette maçonnerie opérative, et non pas son équivalent anglais, qui a reçu les premier "gentelmen masons", ces non-opératifs admis en loges opératives, et qui à leur tour sont probablement à l'origine de la Franc-maçonnerie spéculative anglaise dont descend la Franc-maçonnerie du monde entier.

Et Dachez finit son article par un essai de synthèse qui récapitule ce qui paraît le plus probable des différentes théories en apportant un élément, à mon sens, majeur lorsqu'il écrit :
Quelques Gentlemen Masons, férus de recherches philosophiques, sensibles à l’écho de la Renaissance néoplatonicienne, aux proclamations mystérieuses des premiers manifestes Rose-Croix,dans la deuxième décennie du XVIIesiècle,voulurent se réunir pour en faire l’objet de leurs travaux.Par souci de discrétion peut-être,par goût du mystère, par attrait pour les rites étranges et anciens qu’ils avaient connus, ils décidèrent peut-être de se regrouper en empruntant les formes symboliques et rituelles des maçons écossais qui,eux aussi,partageaient un secret,même si ce secret,ils le savaient bien,n’avait jamais été qu’un secret professionnel et opératif.Ces groupes étaient errants, fort peu nombreux,sans lien entre eux.Telle était sans doute la situation en Écosse, mais aussi vers le nord de l’Angleterre comme en témoigne le cas Ashmole,vers le milieu ou la fin du XVIIesiècle.
Ainsi, il y a comme une théorie de la substitution qui se dégage en lieu et place de la théorie de la transition : des Maçons non-opératifs, initialement reçus parmi les opératifs, se mettent à spéculer derrière le voile des symboles maçonniques opératifs. Cette substitution par l'emprunt me paraît tout à fait plausible : en effet, un phénomène similaire eut lieu quelques décennies plus tard, lorsque Martines de Pasqually emprunte la symbolique maçonnique spéculative pour y mettre sa théorie et sa pratique qui ont aussi peu de points communs avec la Franc-maçonnerie spéculative que celle-ci avait avec la maçonenrie opérative. Un phénomène similaire, quoique cantonné aux hauts grades, se produit lorsque les francs-maçons ont voulu inclure un fond chevaleresque dans la forme maçonnique qui était la leur.

Récemment, une interview de Yves-Fred Boisset sur le Régime écossais rectifié (1) a soulevé quelques émois dans les milieux maçonniques : en effet, Boisset y évoque la Franc-maçonnerie comme une "coquille vide" que Willermoz aurait remplie par la doctrine martinésienne. Pour être un peu moins radical mais en allant dans le même sens quand même : la maçonnerie me paraît être un véhicule qui va dans la direction que le conducteur souhaite. Ca casse un peu le mythe mais ça n'enlève rien au plaisir qu'on prend à participer aux travaux maçonniques !

(1) Je ne met pas de lien car à mon avis la video a été publié, peut être par un Franc-maçon qui n'a pas bien compris certains engagements qu'il a pris, sur un site communautaire grand public sans autorisation de l'éditeur !

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