Bienvenu sur mon Blog

Bienvenu sur le blog d'un Chevalier bienfaisant de la cité sainte. Les billets de ce blog n'expriment que mon point de vue personnel.
Les billets antérieurs au 26 décembre 2008 sont toujours disponibles à l'ancienne adresse et sont aussi accessibles par le biais du classement thématique disponible ici et également dans la barre de droite de la présente page sous le titre "My delicious tags".

mardi 26 janvier 2010

L'éternité des peines selon J-B Willermoz

Dans sa réponse à deux questions du Frère Lajard de Montpellier (cahier D2 de 1818), Jean-Baptiste Willermoz évoque la question délicate de l'éternité des peines...

Willermoz prend notamment un exemple pour montrer la différence entre l’éternité temporelle et l’éternité divine. Il évoque les temps derniers, ceux que saint Jean dévoile dans l’Apocalypse. C’est, pour Willermoz, une autre période dans cette éternité temporelle : après le temps déchu, c’est-à-dire « le temps présent », nous passons, Dieu voulant, aux temps derniers.

Willermoz écrit en effet :
Peut-on non plus [...] comparer [l'éternité divine] avec d’autres éternités temporelles qui pourront suivant les dessins de la justice et de la miséricorde succéder indéfiniment au temps présent lorsque la loi et la durée de celui se sera accomplie. Saint Jean ne voit-il pas son chapitre 21 de l’Apocalypse [naître ?] et se former de nouveaux cieux et une nouvelle terre, les premiers ayant totalement disparus ; voilà bien certainement un nouvel ordre des choses1, un nouveau temps, une nouvelle Eternité qui commence.

Il y a donc bien une éternité « infinie », celle de Dieu, et des éternités « finies », celles présentes et à venir dans lesquelles nous vivons et nous vivrons avant la réconciliation finale que la doctrine martinésienne appelle « réintégration » et sur laquelle nous reviendrons plus loin avec Willermoz.

Notre auteur invite ensuite ses disciples à :
[se garder] par un respect outré pour des expressions consignées dans les livres saints, qui peuvent avoir plusieurs sens [...]
puis il explique en quoi il serait erroné de se cantonner trop strictement à la lettre... En effet, selon lui, il ne fait pas :
[...] être plus sévère que la justice même de Dieu ; car l’intelligence répugne irrésistiblement à penser que le Père créateur de tous les êtres, qui les aime tous de l’amour le plus tendre, qui ne les a émané de son sein que pour les rendre tous éternellement heureux, veuille condamner ceux de ses enfants, que l’orgueil pourra rendre ingrats et rebelles à être éternellement séparés de lui, à le haïr, à le maudire éternellement, sans que sa miséricorde leur ait laissé à jamais aucun moyen de réparation par leur repentir.

On comprend ici qu’à la question de l’éternité des peines, Willermoz apporte une nuance (éternité infinie, éternité finie) pour mieux contrecarrer une compréhension trop stricte de la notion d’éternité des peines. Il va même jusqu’à nier le caractère absolument éternel des peines dont doit souffrir l’être déchu.

Et Willermoz prend comme postulat de son raisonnement le fait qu’un être aimant, Dieu, ne peut cesser d’aimer. En effet, il souligne les éléments suivants qui caractérisent l’acte créateur et qui ont leurs implications sur la question posée :
  • Dieu est le Père créateur de tous les êtres,
  • Dieu aime toutes les créatures,
  • Dieu a émané les créatures uniquement pour les rendre heureux, éternellement heureux,
  • Dans un tel contexte, il paraît impossible que Dieu n’ait pas laissé une issue de secours pour éviter qu’une haine éternelle s’installe entre lui et ses créatures.

Willermoz paraît donc à la fin de ce paragraphe comme rejetant la notion d’éternité des peines du moins telle que celle-ci est habituellement acceptée.

Et il précise même sa négation :
Non : on le dit, on le répète, on s’efforce de le croire par obéissance à certaines définitions, mais on ne peut le penser sincèrement et d’une manière résolue, tant le contraste est grand avec le sentiment inné et si profondément gravé en nous de la bonté infinie de Dieu.

Sa position est audacieuse et il le sait : on se trompe en répétant, par obéissance à certaines définitions, sous-entendus « ecclésiastiques », qui sont contradictoires avec la « bonté infinie de Dieu ». A noter que notre auteur souligne lui-même dans son texte les mots « à jamais » (sanction) et « infinie » (bonté) pour mettre en relief le parallèle qui, s’il existait, rendrait les choix divins totalement incohérents.

1 commentaires:

Anonyme a dit…

A ! Bravo, cela j'aime beaucoup !
Merci de m'avoir, pardon, de nous avoir interpellés sur cette question fondamentale !
Bien fraternellement à toi,

Xavier Cuvelier-Roy

Enregistrer un commentaire